mercredi 12 avril 2023

Dans la manif!

 

A Draguignan, la sono criarde fait vibrer les façades du boulevard Clemenceau. Vieux chants révolutionnaires, chansons à la mode d'il y a vingt ans. Ça fait du bruit et ça tient chaud.

Une cinquantaine de lycéens déguisés répète dix fois, vingt fois les slogans du micro. Ils rigolent, ils jouent, c'est la fête: "On est la CGT", "On est la CGT", "On est la CGT"

Quatre-cinq pétards en rafale. Tout le monde sursaute.

"C'est quoi la CGT?" dis-je à la petite brune en mini-jupe. "Ben, c'est la politique," crie-t-elle, en  s'accrochant derrière son copain déguisé en Nounours.

On marche, on marche, on est presque 800. J'ai compté.

Pas beaucoup d'enseignants, aujourd'hui. La grève, ça coûte cher. Et puis il y a les élèves. Pour beaucoup, c'est difficile de les laisser tomber.

Trois gamines de quinze ans lèvent leur pancarte en carton: "Macron nous baise mieux que Nabila ..."

"C'est qui Nabila?" Elles éclatent de rire. "C'est une actrice porno!" Et elles éclatent de rire encore. Je ne suis plus dans le coup, j'ai dû passer pour un vieux con. "On est contre la retraite, on est contre la retraite," crient-elles en chœur...

Vous l'avez compris, aujourd'hui, les jeunes ont rejoint la manif.

Puis il y a les militants, que je retrouve avec plaisir pour la dixième fois. Ils savent pourquoi ils sont là, même s'ils ne chantent pas. Chaque groupe a sa banderole. Les poumons soufflent, les banderoles bandent. Juste quelques mots bien choisis.

Je n'échappe pas aux intellos de comptoir, ceux qui déboulonnent le système, mettent à plat la politique et ont perdu toute ambition réelle. "Macron soutient le PC, il est dans Pif!"

Il y a la foule, lourde, sérieuse, grave, silencieuse. Il y a la foule des copains, des copines, des familles à poussette, des retraités, beaucoup de retraités qui marchent vaille que vaille pour les enfants, les petits-enfants. "Les salauds, ils nous font revenir en arrière." Ils marchent. "Il est pas là Marcel, c'est vrai qu'il allait pas fort l'autre jour?"

L'espace de quelques heures, les gens deviennent le peuple. Il tire sur la laisse, pour qu'ils lâchent du lest...

La prochaine manif, c'est jeudi à 10H30, devant la sous-préfecture.

Les optimistes comptent sur le Conseil Constitutionnel. Après...

mardi 11 avril 2023

Bonjour Monsieur X

 

Samedi, j'ai croisé Monsieur X à Saint-Raphaël. Il avait l'air content de me voir...

Je l'ai rencontré pour la première fois à l'occasion de l'élection législative l'année dernière.

On avait échangé, assez librement, pendant une dizaine de minutes. Il ne me connaissait pas et voulait savoir qui j'étais.

Impossible de savoir son nom, pas plus que son prénom. Alors, je l'ai appelé Monsieur X.

"Ouais, j'ai regardé votre truc une fois (il parlait du blog), mais tout ça, c'est de la politique. Moi, je m'en fous de la politique..."

Monsieur X vote pour le Rassemblement national, qu'il appelle encore Front national. Il n'est pas militant et me dit: "je ne suis pas contre tout ce que vous dites."

Surpris, je lui demande quoi. Il s'embrouille et ne répond pas. C'était sa courtoisie à lui.

Par contre, ce qu'il ne veut pas, c'est que "des gens qui foutent rien" aient plus que lui.

Il n'a pas envie de "se retrouver en bas de l'échelle avec les arabes." Attention, il n'est pas raciste dit-il... "Mais chacun chez soi!"

Il a toujours travaillé, depuis l'âge de 14 ans, jamais au chômage. Mais sa vie a été dure (sans que je sache ce qu'il exerçait comme métier).

Il m'a dit qu'il était à "la fête de la retraite", l'autre samedi, à Fréjus. Il appelle ça "la fête", lui. Mais c'est vrai, je l'y ai vu!

"J'ai pas beaucoup pour vivre, maintenant," dit-il avec amertume.

"Allez, à la prochaine! Faut s'battre hein!"

Un p'tit blanc méchant, Monsieur X?

Pensez-vous! Plus que la peur, c'est la frustration qui fait vivre le RN.

Monsieur X est malheureux, il n'a pas réalisé ses rêves d'enfant.

vendredi 7 avril 2023

Salon contre le harcèlement scolaire de Fréjus 2/2

 

J'ai donc assisté mercredi 5 avril à la conférence sur le harcèlement scolaire (cf l'article d'hier).

Une quarantaine de personnes est réunie dans une salle de la Villa Aurélienne, député suppléant et policiers municipaux compris.

La séance débute par un petit film de 3 minutes, avant d'enchaîner par la projection d'un diaporama.

Première diapo: dessin d'une balance, dont on nous explique qu'elle est le symbole de la justice...

Deuxième diapo: présentation de "la vingt-troisième lettre (double consonne sifflante) de l'alphabet grec, (ψ) servant à transcrire le son [ps] résultant de la rencontre d'une bilabiale (b, p ou f/ph) et de s."

Je commence à devenir savant...

Troisième diapo: "Doit-on alerter les services de l’Éducation nationale, en cas de harcèlement?   Oui - Non"

La question pertinente d'une dame de l'assistance permet d'échapper au quiz: "Pourrait-on avoir une définition du harcèlement?"

Traiter du harcèlement dans une réunion publique est complexe et nécessite à la fois une expertise sans faille et une aptitude à communiquer.

Manifestement ces conditions ne sont pas remplies. Un des intervenants le  reconnaît volontiers, se présentant comme "un simple cadre C, qui n'aime pas trop être là, n'est pas un "sachant" et préfère se déguiser en poulet jaune ou en singe rose avec sa guitare. Qui, comme tout le monde, a été embêté quand il était petit."

Ce qui devait être une conférence devient très vite une litanie de plaintes et de reproches contre les professeurs et l’Éducation nationale, en provenance de la salle.

"Ma fille a été harcelée à l'école"... "mon fils"... "mes élèves"... "ma sœur"...

"Les profs se taisent"... "pas de vagues"... "l’Éducation nationale nous culpabilise"...

Une intervenante cite des articles de loi, attestant par-là qu'elle est juriste.

Un psycho-analyste en remet une couche: "Les gens de l'école minimisent les paroles de l'enfant."

La salle approuve l'homme de l'art pendant que je m'interroge. De quel art s'agit-il au fait? Ce "sachant" a-t-il une formation universitaire, est-il inscrit au registre adeli? 

J'interviens en précisant que dans "harcèlement scolaire", il y a le mot "scolaire" et qu'il me semble particulièrement incongru d'organiser une telle conférence sans l’Éducation nationale, puisque son nom apparaît sur les invitations et que le sujet du jour fait partie de ses missions. Elle dispose de médecins, d'infirmières, de psychologues et de juristes, tous très diplômés, sélectionnés et sûrs.

"On fera mieux la prochaine fois", déclare la coordonnatrice , brigadier-chef de la police municipale coordonnatrice du conseil local de sécurité, de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CSLPD-R). C'était elle "la femme énergique" de l'autre jour.

Ce n'était pas une conférence, les intervenants annoncés ne sont pratiquement pas intervenus, mais la brigadière a eu le mérite de faire ce qu'elle a pu pour porter la réunion.

Une ou deux personnes se démarquent dans le public par leurs réflexions. Mais très vite, on repart dans des histoires individuelles. Après une heure vingt de réunion, je quitte une salle déjà clairsemée.

Les hauts-fonctionnaires de L’État se pencheront certainement sur cette opération, très médiatisée à bon compte, lors de la prochaine réunion plénière du CLSPD-R.

jeudi 6 avril 2023

Salon contre le harcèlement scolaire de Fréjus 1/2


 

A l'entrée du Parc Aurélien, un calicot invitait à visiter cette semaine le "Salon contre le harcèlement scolaire", tous les jours de 10 à 12 et de 14 à 17 heures.

Je me suis donc rendu à la Villa. Pendant une dizaine de minutes, je suis resté seul dans le hall d'entrée où étaient exposées quelques affiches: "C'est quoi l'empathie?", "Le pire est de ne rien dire", "Harcèlement scolaire, non, non, non"...

Un banc de l'amitié et une boîte à idées trônent au centre du hall, ainsi que des messages manuscrits d'enfants incitant à refuser le harcèlement.

Curieusement, on y trouve aussi des messages d'adultes tels que "Le discours de Monsieur Humbert était trop bien", signé d'un certain Christian ou "Un grand merci pour cette expo. Merci au Marie (Maire ndlr) de Fréjus et à son collaborateur Mr Humbert Cédric, signé d'une certaine Mme Gonthier.

Pour ceux qui l'ignorent, Cédric Humbert est l'adjoint à la sécurité...

Un joyeux brouhaha en provenance du premier étage envahit la Villa Aurélienne depuis mon arrivée. Je monte pour poursuivre la visite.

Des dizaines de dessins d'enfants et des textes sont affichés sur des panneaux. Les enfants tournent autour en criant, en se bousculant, malgré les appels au calme. Il semble que ce soit une classe...

Cinq minutes après mon entrée dans la pièce, quinze minutes après mon arrivée dans la Villa, une femme énergique obtient le silence en commentant un dessin d'enfant, avant de conduire le groupe dans la pièce voisine pour une projection.

L'entrée m'est alors interdite "car ma présence pourrait perturber les enfants qui ne me connaissent pas!" Ces derniers ne sont pas le moins du monde perturbés et poursuivent sereinement leur agitation, malgré la présence des quatre adultes. Je me désole de cette situation, puisque rien n'indiquait à l'entrée que la visite n'était pas autorisée.

La femme énergique me propose aimablement de revenir mercredi 5 avril pour assister à une conférence sur le harcèlement "qui sera plus intéressante pour (moi)."

Je ne verrai donc pas les films et je m'éclipse.

La visite est terminée. Je reviendrai donc pour la conférence.

A suivre...


mercredi 5 avril 2023

L'eau, l'agriculture, les violences et l’État

 En 1974, pendant la campagne présidentielle, nous avons vu un candidat lever son verre d'eau devant la caméra  en déclarant: "Je bois devant vous un verre d’eau, précieuse, puisque, avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera."

Beaucoup le prenait pour un hurluberlu. C'était René Dumont.

Les événements autour de la méga-bassine de Sainte-Soline devraient nous rappeler qu'il ne s'était pas trompé.

Au lieu de cela, le gouvernement et de multiples politiciens mettent l'accent sur les violences. Elles sont inadmissibles et condamnables, d'où qu'elles viennent. Mais "bien exploitées" par la presse des milliardaires et certains politiciens, elles évitent aussi de parler du fond.

La violence exacerbée mise en avant sur le terrain et dans les médias, permet deux choses:

- Ne pas remettre en cause le modèle productiviste, dénoncé par l'emploi de la méga-bassine de Sainte-Soline, par exemple.

- Détourner la lutte, autrefois orientée contre l’État, vers les écologistes, pour protéger le pouvoir en place qui soutient ce modèle. C'est ainsi que Darmanin lance le "concept d'écoterroriste" et que les seconds et troisièmes couteaux de chez nous, répètent inlassablement des éléments de langage sur "l'écologie punitive" pour habiller leur "écologie intelligente." 

Ceux qui agissent ainsi oublient, ou font mine de ne pas se rendre compte, qu'ils préparent, eux aussi, à de la violence.

Indûment protégés par l’État, des agriculteurs productivistes sont désinhibés et peuvent conduire des actions moins visibles mais tout autant délétères.

En Occitanie par exemple, un syndicat agricole déclaré apolitique mais proche du Rassemblement national, détient tous les pouvoirs dans un département.

Il a construit un lac artificiel, malgré l'interdiction du tribunal administratif. Ses responsables, élus à la tête de la chambre d'agriculture ont été condamnés à des amendes et des peines de prison confirmées en appel l'an dernier. A ce jour, ces personnes sont toujours en liberté et le lac artificiel est toujours en place. Ces mêmes individus ont menacé la responsable nationale d'EELV il y a quelques jours et l'ont bloquée en gare, lorsqu'elle s'est rendue dans la préfecture.

Ce sentiment d'impunité n'est pas étranger à certaines décisions du gouvernement. Darmanin a ainsi créé, avec la FNSEA, une cellule de renseignement de la gendarmerie, chargée de protéger les exploitations agricoles cambriolées. Ce qui est plutôt bien.

Mais comme souvent, le diable est dans les détails. La cellule en question, baptisée Demeter, est allée au-delà de la prévention des cambriolages. L'an dernier, le tribunal administratif a dû exiger que le gouvernement mette fin à certaines des activités de cette cellule, estimant que la prévention d’ "actions de nature idéologique" menée par elle ne reposait sur "aucune base légale".

 Manifestation contre la réforme des retraites, demain à 10h30 à Draguignan.

mardi 4 avril 2023

Le conseil municipal de Fréjus du 30 mars 2023

 

Nous étions 14 personnes dans le public, assis tout au bout de la salle du conseil municipal de Fréjus, le 30 mars dernier.

Pour une ville de 58 000 habitants, ça n'est tout de même pas beaucoup!

Le son n'est pas très bon et la lecture des délibérations, parfois hésitantes, peuvent être inaudibles.

Dans l'article d'hier, j'ai relaté le triste épisode du début de conseil. Je me contenterai aujourd'hui de quelques observations non exhaustives.

Budget:

Une analyse méticuleuse des finances de la ville est présentée par Robert Icard, conseiller d'opposition. Son travail, précis et rigoureux, abonde d'outils d'analyse et de comparaison. Ce n'est pas spectaculaire, mais c'est efficace. La presse n'en parlera pas, préférant les déclarations des matamores.

La dette de la ville ne dégonfle pas. Elle augmente même légèrement par rapport à l'arrivée du RN en 2014.

En vendant les biens communaux sans toucher à la dette, Rachline fait croire à beaucoup que les impôts n'augmentent pas.

En fait, il vend le capital, se sert de l'argent pour les dépenses courantes et laisse la charge de la dette aux générations futures.

Vente de terrains communaux:

La ville vend des terrains. En particulier le parking de la Porte d'Hermès à Port-Fréjus. C'est la Cogedim qui a emporté le marché. Elle agrandira le parking de 74 places et montera une résidence pour personnes âgées de 101 places. Bonnemain estime que la ville perdra 700 000 euros dans l'affaire et vote contre.

Parking Paul-Vernet:

A l'occasion de délibérations concernant les parkings de la ville, on apprend que le projet de parking souterrain de la place Paul-Vernet est abandonné.

C'est qu'il va falloir payer celui de Fréjus-Plage...

Création d'un poste pour encadrer le service écologie de la commune:

Poussin, confirme qu'il ne connaît pas grand chose à l'environnement et vote contre.

Rachline ne le rate pas. Il a hélas raison...


lundi 3 avril 2023

Comment Rachline désigne Soler pour remplacer Epuron.

 

Au conseil municipal du 30 mars 2023, il s'agissait de remplacer le conseiller d'opposition démissionnaire Epuron, au sein de la commission des finances:

Avant de relater l'imbroglio, il faut rappeler que la liste de droite "Vivons Fréjus" comprenait, dans l'ordre, Fradj, Epuron, Fernandes, Campofranco et que seule Fernandes est présente.

Le maire propose Angélique Fernandes. Mais...

... celle-ci déclare aussitôt que "selon le règlement intérieur, pour former un groupe, il faut au moins 3 élus", que son groupe n'existe plus depuis 2 ans, mais "que s'il n'en reste qu'une, elle (serait) celle-là" et présente sa candidature... que lui proposait le maire.

Celui-ci, surpris, s'informe auprès des fonctionnaires pour déclarer que finalement "n'importe qui peut se porter candidat", avant de lancer un appel à candidatures.

Soler, qui avait rallié in extremis la liste Bonnemain en 2020, déclare sa candidature.

Bonnemain se réfère à la liste initiale pour soutenir Fernandes (et accessoirement pour refuser Soler qui a quitté son groupe). Je rappelle que Bonnemain et Soler n'ont pas participé à la tentative de Front républicain que j'avais initié en 2020 et qui aurait évité l'élection de Rachline, au moins dès le premier tour.

Le maire déclare que "les listes partisanes n'ont plus aucun sens."

Poussin et Sert annoncent de concert qu'ils voteront pour Fernandes (liste dirigée par la LR Fradj). Il ne leur vient pas à l'idée de présenter leurs propres candidatures.

Le maire déclare alors le contraire de ce qu'il annonçait quelques minutes plus tôt. Il va maintenant "rester dans une logique partisane" et déclare: "Madame Soler vous êtes donc désignée, je vous félicite."

Micro coupé, Fernandes réclame un vote... qui n'aura pas lieu et le maire passe à la question suivante.

Au-delà de cet épisode confus, et bien que je ne sois pas juriste, je pense que:

- La composition de la commission municipale devrait  respecter la représentation proportionnelle du conseil municipal lors de son élection et ne devrait pas être remise en cause en cours de mandat.

- Désigner l'élue d'une autre minorité modifie, de fait, la représentation proportionnelle et interdit la représentativité de cette liste.

- Chaque liste devrait être représentée par au moins un de ses membres, même si les deux autres membres de la liste originelle sont absents.