mercredi 3 avril 2024

Pompidou et le collège 2/2

 

Jusqu'au début de la Cinquième République, l'orientation scolaire, encore plus qu'aujourd'hui, était liée aux origines sociales des élèves. 

De surcroît, un dispositif institutionnel renforçait la ségrégation. Les élèves qui bénéficiaient de l'enseignement du latin dès la sixième pouvaient accéder au baccalauréat, aux études universitaires et à la prestigieuse école normale supérieure de la rue d'Ulm. 

Ce fut le parcours de Pompidou, qui enseigna le latin et dont le père était principal de collège.

Ceux qui ne bénéficiaient pas du latin n'avaient jamais accès aux carrières prestigieuses, à de très rares exceptions près.

Le latin était le verrou qui bloquait l'ascenseur social pour les meilleurs élèves des milieux populaires.

De Gaulle, soucieux de la grandeur de la France, décida d'élargir le vivier des diplômés pour permettre le développement du pays, en recrutant des intelligences chez les pauvres.

Pompidou, alors premier ministre, s'y opposa fermement.

Edgar Pisani, ministre de l'agriculture de De Gaulle, raconta l'exaspération du Général en ces termes: "C'est terrible, Pisani, d'avoir un Premier ministre conservateur."

Un grand recteur (il y en a), Jean Capelle, fut nommé directeur au ministère de l'Education nationale. 

Il proposa d'accueillir tous les élèves dans des structures communes, sans distinctions d'origines géographiques ou sociales, où le latin serait accessible à tous en cours de scolarité. Les collèges d'enseignement secondaires (CES) auraient dû voir le jour, mais Matignon bloquait le projet.

A cette époque, les élèves de fin de CM2 se distribuaient dans des filières déterminantes pour l'avenir des enfants, avec une ségrégation sociale très marquée: les classes de fin d'études pour aller à l'usine ou chez un patron avec ou sans "le certificat", les cours complémentaires et les collèges d'enseignement général (sans latin) pour devenir employés et les sixièmes de lycées (avec latin) pour rejoindre l'enseignement supérieur.

Pompidou et son ministre de l'Education Fouchet, bloquèrent la réforme pendant des mois, jusqu'au coup de gueule du Général .

Le 4 février 1963, ce dernier invita le recteur Capelle au conseil des ministres et le chargea de présenter sa réforme, en mettant Pompidou devant le fait accompli.

Un fonctionnaire court-circuitant le premier ministre et présentant une réforme contre son gré, ça ne s'était jamais vu!

Ecoutons Jean Capelle:  "Le Président m’invita à m’asseoir à côté de lui ; puis il me donna la parole pour un bref exposé sur la généralisation de la formule : collège de premier cycle. Après quoi il s’adressa à Georges Pompidou :  

"Je crois, M. le Premier ministre, que la généralisation des collèges de premier cycle permettra de mieux résoudre le problème de l’orientation des jeunes et d’assurer les meilleures conditions d’une véritable égalité des chances. Vous êtes bien d’accord ?". 

Sans enthousiasme et sans commentaire, Georges Pompidou répondit affirmativement". 

Le taulier de Lisnard en avait pris un coup...

Alors qu'il avait lui-même profité à plein de l'école républicaine, Pompidou avait bloqué la démocratisation de l'enseignement.

mardi 2 avril 2024

Pompidou et le collège 1/2

 

On fête aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la mort de Georges Pompidou. Pourquoi pas?

                                                                   

"Une" des journaux, programmations spéciales sur les chaînes de télé, la grande histoire, la petite histoire, celui qui est enterré sobrement dans un petit village des Yvelines, est ressorti de son oubli. 

La Pompidoumania déferle. 

Les médias nationaux revisitent les années 60. Même notre unique journal local s'y met!

En ayant lancé la phrase mémorable,"Arrêtez d'emmerder les Français ! Il y a trop de lois dans ce pays", Pompidou a définitivement inspiré Masquelier et Lisnard.

Le maire de Cannes y va de son couplet: "De 1962 à 1968, c'est vraiment Pompidou qui gouverne... C'était lui le taulier."   On verra demain que sur l'école, Lisnard s'est complètement planté et que Pompidou n'était pas le taulier, loin de là.

Mais bon, c'était mieux avant: les "Trente glorieuses", le Concorde, le TGV, les voies sur berges, la bagnole, le nucléaire, la Renault 5, Beaubourg, César et Rosalie, les cabines téléphoniques...

On agite la nostalgie avant les élections. Des fois que les vieux voudraient voter RN, on ne sait jamais. Même chez nous!

Le prof de latin, cigarette au bec, est dans les mémoires. Un ancien de chez Rothschild, comme Macron.

"Les peuples heureux n’ont pas d’histoire, je souhaiterais que les historiens n’aient pas trop de choses à dire sur mon mandat", déclara-t-il peu avant sa mort.

Alors bien sûr, le côté lettré de ce président érudit et poète, me fait oublier Sarkozy et quelques autres. 

Mais quand même, en matière d'école et de démocratie et de démocratie à l'école, il y a de quoi dire...

A suivre demain

lundi 1 avril 2024

Une université à Fréjus? Le conseil municipal de Fréjus du 28 mars 2024 2/2

 

Une université à Fréjus? Allons donc...

Lors de ce conseil, Rachline a annoncé qu'il était en train "d'accueillir dès maintenant des formations supérieures sur la Base nature... et qu'il était déjà en contact avec des écoles pour en implanter davantage."

Je ne sais pas quelles écoles il envisage d'accueillir, en plus de celle qui serait déjà là.

Bonnemain, qui refusait l'implantation d'un campus à Fréjus*, en est devenu le chantre à ce conseil (les voix du Seigneur, comme il dit!), après nous avoir piqué l'idée sans vergogne. Mais c'est bien, il progresse et les bonnes idées méritent d'être défendues.

Rachline progresse-t-il, lui aussi, sur ce sujet?

Dans la ville, le choix du privé à la place du secteur public:

Pour l'instant, il a fait le choix d'une école privée qui s'ajoute à la longue liste de celles qui naissent comme des champignons dans l'agglomération.

Il est clair que cette municipalité fait le choix du privé pour sa population. Le Pôle enfance, destiné aux plus petits est d'ailleurs le fruit d'un partenariat public-privé et appartient à un groupe qui loue l'école à la ville.

De quel enseignement supérieur parle-t-on?

Je ne connais pas cette école, mais je sais lire, et je vous livre quelques éléments de réflexion, tirés de ses publicités.

Quel niveau faut-il pour s'inscrire?

"Le seul pré-requis est d'avoir 18 ans. Pas besoin de diplôme, ni même du bac... seule votre motivation compte."

Qui encadre la formation?

A Fréjus, à ce jour, deux personnes assurent la gestion, une troisième est recherchée pour compléter l'équipe...

Combien coûte la formation?

"6975€ pour les 9 premiers mois." Après, ça augmente.

Les étudiants empruntent pour payer leur formation et remboursent quand ils ont un emploi. Il y aurait aussi des aides...

Que promet-on en 9 mois?

Une formation correspondant au RNCP 5, c'est à dire à un bac plus 2. Mais avec quel diplôme? 

Les meilleurs pourraient poursuivre. Mais entre ceux qui se seront présentés et ceux qui seront formés, combien resteront sur le carreau?

Tout cela est géré par une grande société d'agences d’intérim dont le patron, responsable d'une organisation patronale, explique que "ce type de formation, habituellement dispensée en 3 ou 4 ans, est ici concentrée en 12 ou 18 mois."

Comment parviennent-ils à de telles performances?

C'est simple, il n'y a ni professeurs, ni salle de classe, ni cours. Les étudiants apprennent entre-eux à partir de projets.

Le directeur général explique ainsi que dans la méthode pédagogique, "on n'explique pas, on ne donne pas la réponse." 

 Les élèves apprennent avec leurs pairs et quand ils ne savent pas, ils ont des listes pour les aider et "ils cherchent, sur Google par exemple."

Alors, le Rassemblement national est-il proche "des petits, des sans grades, de ceux qui se lèvent tôt" et blablabla et blablabla, en permettant l'installation d'une telle école?

La population la plus modeste de notre cité doit s'interroger sur la politique menée ici par le Rassemblement national.

Êtes-vous bien sûrs que ce parti soit du côté des plus modestes?

Pendant qu'il vous enfume avec l'immigration, les parkings, les tortues, le bord de mer et autres fariboles, il multiplie les choix contestables. 

Et, pendant que certains de ses membres font la fête, il ne protège pas le service public, il ne développe pas le service public.

A bon entendeur, salut!

*   https://forumjulii.blogspot.com/2022/11/bonnemain-retourne-luniversite.html